Pour être sûr d’obtenir du financement, faut-il en demander trop ? / To make sure you get funding, do you have to ask for too much?
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[English below]
Kevin Smith a tourné Clerks, un classique du cinéma indépendant, pour moins de 30 000 $ dans le dépanneur où il travaillait. Faute de moyens, ils ont dû tourner la nuit et ont inventé un prétexte pour garder les volets fermés afin de cacher le fait qu’il faisait nuit dehors (dans le film, le personnage perd la clé).
Le film Paranormal Activity a tourné pendant sept jours et a coûté environ 11 000 $.
Blair Witch Project a été fait pour la modique somme de 22 000 $. Ses rendements phénoménaux lui ont valu une place dans les records Guinness.
Il y a beaucoup d’autres exemples de films financés avec des cartes de crédit, tournés avec un caméscope bon marché, réalisés pour quelques milliers de dollars pour un long métrage, voire moins de cents dollars pour un court métrage. Certains (comme les exemples cités plus haut) sont devenus des francs succès auprès des critiques et du public. Il semblerait donc que de faire preuve d’économie et de débrouillardise dans l’élaboration de votre budget vous mériterait des éloges.
Il semblerait que non, bien au contraire.
Pour un cout métrage de 5 à 10 minutes qui devait tourner au printemps 2010, j’avais calculé cinq jours de tournage, huit à dix comédiens de l’Union des Artistes (du premier rôle au figurant), des techniciens de l’AQTIS, des déductions salariales en bonne et dûe forme, la location de l’équipement et des lieux, les assurances, la nourriture, etc. Je me suis même donné un salaire à titre de producteur, réalisateur et monteur (une précaution: ce salaire sert toujours à couvrir les imprévus). J’ai ensuite gonflé le budget d’environ 20% pour lui donner une marge de sécurité. Au total : 40 000 $. Ma première réaction fut de réviser le montant à la baisse de peur que les agences de financement ne s’indignent d’un tel excès, mais j’ai résisté. Je pourrais toujours remettre le montant inutilisé.
Deux mois plus tard j’essuyai le refus de la SODEC. Bien qu’ils aient adoré le scénario (” Un véritable coup de cœur ! ” ont-ils dit), c’est le montant du budget qui fit couler le projet. J’en étais sûr ! J’avais été trop avare en voulant dépenser impunément les fonds publics ! ” Quarante-mille nous semble trop peu. ” me dit au contraire la représentante, qui a plutôt l’habitude de voir des budgets de soixante-quinze mille dollars pour des courts métrages. Je restais bouche bée alors qu’on m’invitait à présenter le projet à nouveau après avoir doublé le budget.
Trop peu d’argent ! J’examinais à la loupe chaque sous déboursé, alors que j’aurais dû dépenser sans compter. Sans doute mon approche du cinéma indépendant diffère-t-elle un peu de la norme : j’ai dû, par nécessité, porter les chapeaux de producteur, réalisateur, caméraman, éclairagiste, preneur de son, monteur, etc., et ce faisant j’ai appris l’importance d’être débrouillard et, surtout, économe. Pour La Porte, j’ai transformé mon salon en logis de chambreur : une fausse porte donne en réalité sur un mur de brique; la peinture et le papier peint ont été offerts par un commerçant; le faux mur est construit à partir de vieux panneaux publicitaires qui vantent les voyages dans le sud; et les meubles sont prêtés par l’Armée du Salut. Par contre, un petit café du coin a été loué dernièrement par une production québécoise pendant vingt-quatre heures au coût de 3 000 $. Le cachet unique en valait bien la peine, me suis-je dit, mais j’ai appris par la suite que tous le décor a été refait à grands frais pour les besoins du film.
La SODEC désire, d’abord et avant tout, financer des productions qui engagent des artisans en leur payant des salaires selon les normes de l’industrie – une noble et respectable initiative. Mais pourquoi louer un café et refaire tout le décors, alors qu’on peut louer un local commercial pour le sixième du prix ? Pourquoi louer des projecteurs quand il coûte moins cher de les acheter ? Pourquoi construire à grand frais un décor qui finira au dépotoir après le tournage, quand on peut réutiliser des matériaux dont veulent se débarrasser des entreprises locales ?
Je songe à ces petites productions artisanales de quelques minutes dont le budget dépasse le salaire annuel de la majorité des gens. Je m’étonnais devant le générique qui prenait presque aussi longtemps que le film lui-même à faire défiler les noms des assistants, des premiers assistants, des seconds assistants et même des assistants pour les assistants. Je me demandais comment ils avaient bien pu mettre tout ce monde à l’ouvrage pour une si courte production. Maintenant je crois qu’ils ont plutôt dû trouver un moyen de dépenser le double de ce qu’ils avaient vraiment besoin afin de se faire prendre au sérieux.
N’importe quel cinéaste au Québec et au Canada vous dira qu’il est difficile – très difficile ! – de financer un film. Et si on parvenait à couper de moitié les budgets, n’arriverions-nous pas alors à en faire deux fois plus ? Il s’agit de faire preuve d’un peu d’imagination et de débrouillardise.
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Kevin Smith shot Clerks, a classic of independent cinema, for less than $30,000 in the convenience store where he worked. Because they had to film at night, they had to invent a pretext to keep the shutters closed to hide the fact that it was dark out (in the film, the character loses the key).
Paranormal Activity shot during seven days and cost about $11,000.
Blair Witch Project was made for the ridiculous sum of $22,000. The phenomenal return on that investment earned it a place in Guinness World Records.
There are several more examples of films financed with credit cards, shot on a consumer camcorder, produced for a few thousand dollars for a feature and less than a hundred dollars for a short. Several of them (such as the examples listed above) went on to receive critical and financial success. It should then follow that being frugal and self-reliant when budgeting a film would earn you extra points.
On the contrary, it would seem.
For a short film of about 5-10 minutes that would have been made in the spring of 2010, I had planned five days of shooting, eight to ten actors from the guild, AQTIS technicians, proper payroll deductions, equipment and location rentals, insurance, catering, etc. I even gave myself a salary as producer, director and editor (a formality, as this usually serves to cover unexpected expenses). I then added an extra 20% as a safety margin. The grand total: $40,000. My first impulse was to lower the budget for fear that the funding agencies balk at such extravagance, but I resisted the urge. I could always give back any unused amount.
Two months later, I received word that SODEC had turned down my application. Although they loved the script (“A favourite!” they called it) it was the amount of the budget that ultimately sank the project. I knew it! I’d let greed get the best of me and tried to squander public funds! “Forty thousand seems so little” said the representative unexpectedly , who is more accustomed to budgets of around seventy-five thousand dollars for a short film. I remained speechless as she proposed that I apply again, this time with double the budget.
Too little money! I was counting every penny when I should have been spendthrift. My approach to independent filmmaking probably differs from the norm: I’ve had, out of necessity, to act in turn as producer, director, cameraman, lighting technician, sound technician, editor, etc. and as a result I’ve come to appreciate the necessity of self-reliance, and most of all frugality. For The Door I transformed my living room into that of a boarding house: a door actually conceals a brick wall; paint and wallpaper were donated by a local business; a fake wall was built from old advertising billboards promising a tropical paradise; and the furniture was on loan from the Salvation Army. Alternately, a local café was recently rented for 24 hours by a Quebec production at the considerable cost of $3,000. I thought the considerable charm of the place made it worth it, until I learned that the interior décor was entirely re-done at great expense to fit their needs.
SODEC insists first and foremost on funding productions that hire professionals and pay them fair salaries – a noble and commendable initiative. But why rent a café and redo the interior when empty commercial space can be had for 1/6th the cost? Why rent equipment when it’s cheaper to buy? Why spend a small fortune to build a set that will end up at the city dump once the shoot is over, when local businesses are only too willing to be rid of materials that can be re-used?
I’m reminded of the countless independent productions lasting only a few minutes of screen time with a budget in excess of most people’s annual salary. I used to be baffled by the credits that lasted almost as long as the film itself, listing all the assistants, first assistants, second assistants and even assistants to the assistants. I would wonder how they managed to keep everyone busy on such a short production. Now, I rather suspect they had to find a way to spend twice the money they actually needed in order to be taken seriously.
Any filmmaker in Canada and Quebec will tell you how difficult it is to get funding for a film. But by cutting budgets in half, we could fund twice as many projects. All it requires is a little imagination and self-reliance.